Africasia
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Nombre de jours depuis leur départ : 126 jours - - - Nombre de pays traversés : 17 pays traversés - - - Nombre de kms réalisés : 22305 km

De Khartoum à Nairobi

Date de l'épisode : 20/01/2003
Endroit actuel : Nairobi, Kenya
Nombre de jours depuis le départ : 126
Nombre de pays traversés : 17
Derniers pays traversés : Soudan, Ethiopie, Kenya
Nombre de kilomètres réalisés : 22305 km
Commentaires concernant le futur trajet : Direction Ouganda, Rwanda, Tanzanie

Enfin, nous voici au Kenya. Notre arrivée au Kenya annonce la fin de notre grande traversée vers l’est, entamée au Tchad. Et un mois jour pour jour après avoir quitter N’Djaména, nous rentrions au Kenya. Depuis le dernier épisode, nous avons donc quitté le Soudan et surtout les soudanais, nous avons été émerveillés par la beauté et la richesse culturelle de l’Ethiopie et finalement nous avons rejoint le Kenya et sa capitale Nairobi.

Revenons donc quelques semaines en arrière au Soudan. Les derniers jours passés dans ce pays n’ont fait que renforcer notre impression sur les soudanais. C’est le peuple le plus chaleureux et accueillant que nous ayons rencontré en Afrique. Lors d’un arrêt le long de la route pour discuter avec un marchand de fruits, il était tellement content d’être avec nous qu’il nous a offert deux kilos de bananes. De même, lorsque l’on se ballade dans les marchés, ce n’est pas rare que l’on nous invitent à prendre le thé ou le café. Quel plaisir d’être accueilli de cette manière.

Avant de rejoindre l’Ethiopie, nous faisons un petit crochet par le nord du Soudan, en direction de l’Egypte afin d’aller visiter la Cité Royale de Méroe. Il s’agit d’un ensemble de pyramides érigé en plein milieu du désert datant du V siècle avant JC. Bien que cela n’a rien avoir avec la taille des pyramides en Egypte, cela fait du bien d’avoir une visite à caractère culturel. Car à part les forts à esclaves du Ghana, nous n’avons vu que très peu de monuments historiques depuis le début du voyage. Ce petit voyage nous permet aussi de dormir une dernière nuit en plein milieu du désert et de s’adonner aux plaisirs d’une promenade en chameau.

Nous reprenons la direction du sud, repassons par Khartoum et continuons en direction de l’Ethiopie. Nous entrons en Ethiopie le 29 décembre et nous nous posons dans la ville de Gondar. Lors de la préparation de notre voyage, nous avions considéré l’Ethiopie comme un pays de passage avant le Kenya dans lequel nous ne ferions que voyager rapidement. C’est tout le contraire qui va se passer. Dès notre premier jour dans le pays, nous sommes fascinés par les paysages et nous nous rendons compte de la richesse culturelle à découvrir dans le pays. Nous y resterons plus de deux semaines.

L’Ethiopie est un pays très différent de tout ce que nous avons vu depuis le départ :
• Tout d’abord, à peine après avoir quitté le Soudan où tout est plat, dès l’entrée en Ethiopie, les paysages de montagnes apparaissent. Nous prenons rapidement de l’altitude par de splendides routes de montagnes et nous resterons près de deux semaines à plus de 2000 mètres d’altitude.
• Ensuite, le peuple Ethiopien est fort différent. Ils sont très nombreux et on a l’impression qu’ils sont partout. La traversée d’une ville ou d’un village est à chaque fois une aventure. Il y a des centaines de personnes sur la route et ils ne s’inquiètent des voitures qu’au dernier moment. Il est aussi impossible de s’arrêter au bord de la route sans que, dans les deux minutes qui suivent, il y ait une dizaine de personnes autour de nous et cela même dans les coins les plus perdus.
• C’est un pays ayant une richesse culturelle impressionnante. Le pays regorge de sites historiques à ne manquer sous aucun prétexte. Cela nous change des pays traversés depuis l’Afrique de l’Ouest.
• C’est aussi le pays des treize mois de soleil. Ils ont un calendrier, un système horaire tout a fait différent du nôtre. Le calendrier amharique est composé de douze mois de trente jours et d’un mois de 5 à 6 jours selon les années. Actuellement, ils sont en mai 1995. Ils n’ont donc pas encore fêté l’an 2000. Concernant le système horaire amharique, il y a six heures de différence avec notre système horaire. A midi, quand il y a plein soleil, il est donc soit 6 heures du matin, soit 6 heures du soir (on n’a pas encore tout à fait compris), ce qui est un petit peu déconcertant. Autre caractéristique, le Noël orthodoxe est le 7 janvier. Nous aurons donc droit à deux Noël cette année.
• Finalement, ils ont de la nourriture très typique et propre au pays. Le met national est l’injera. Ce sont des grandes « crêpes » de pain cuites sur des fours à charbon. Ce pain accompagne tout les plats.

Arrivés à Gondar, nous irons ensuite à Bahir Dar au lac Tana, nous continuerons sur Lalibella avant de rejoindre Addis Ababa et de prendre la direction du Kenya en passant par la lac Langano. Ce trajet sera jonché de visites culturelles et de splendides paysages.

Nous restons quatre jours à Gondar. Dans cette splendide petite ville de montagne ayant des airs de station de ski européenne, nous visitons les châteaux et églises. Gondar fut la capitale de l’Ethiopie depuis sa fondation en 1632 par l’empereur Fasiladas jusqu’en 1886. Nous visitons le domaine royal unique en son genre composé de sept châteaux construits les uns à côté des autres par l’ empereur et puis sa descendance au sein du même domaine. Le premier château datant de 1640 construit par l’empereur Fasiladas est le plus impressionnant. Nous nous rendons ensuite dans l’église orthodoxe de Debre Birhan Selassie avec ses splendides peintures murales. Le dernier lieu touristique sont les Bains de Fasiladas construit par l’empereur du même nom.

Nous reprenons la route en direction de Bahir Dar. Cette ville se trouve au sud du Lac Tana, lac connu pour les 29 monastères orthodoxes dispersés au sein des îles du lac. Le lac Tana est aussi la source du Nil Bleu qui remonte vers le nord à Khartoum pour y rejoindre le Nil Blanc pour former le Nil. Nous passons une journée en bateau sur le lac à la découverte des monastères. Les monastères ont été construits du 11ème au 16ème siècle et se trouvent ainsi au milieu du lac afin de se protéger des invasions musulmanes dans la région.
Pas loin de Bahir Dar, nous nous rendons aux chutes du Nil Bleu.

Après une journée complète de route pour relier les 330 kilomètres qui relient Bahir Dar à Lalibella, nous arrivons dans un des endroits culturels qui nous marquera le plus en Ethiopie. Lalibella est connu pour les 11 églises creusées dans la roche. Le toit des églises est donc à même le sol. Tout d’abord, c’est impressionnant car architecturalement parlant , le travail réalisé est incroyable et lors de l’entrée dans la première église, on est bouche bée tellement c’est splendide. De plus, nous arrivons la veille du Noël orthodoxe et il y a des milliers de pèlerins qui sont présents dans les églises. On se croit quelques siècles en arrière.
Petite histoire belge : il y a trois ans, la croix de Lalibella, une croix en or massif vieille de 800 ans a été volée dans une des églises. Après de longues investigations, elle a été découverte chez un collectionneur belge qui l’avait achetée pour la somme de 20.000 US$. Le gouvernement éthiopien a racheté la croix au collectionneur belge et elle se trouve à nouveau au sein d’une des églises.

Nous reprenons la route en direction de Addis Ababa, la capitale actuelle de l’Ethiopie. Ce trajet nous prend deux jours et nous fait passer par des paysages de montagnes à couper le souffle. Nous passons à plus de 3600 mètres d’altitude et empruntons une route pendant des dizaines de kilomètres à plus de 3000 mètres.

Nous restons trois jours à Addis avant de reprendre la route direction le Kenya. Il nous faudra 6 jours pour rejoindre Nairobi à partir de Addis. Le premier jour, nous nous arrêtons le long du splendide lac Langano, un des nombreux lacs de la Vallée du Rift s’étendant en Ethiopie et au Kenya. Il nous faudra ensuite deux jours pour rejoindre Moyale, la ville frontière Ethiopie-Kenya. Nous arrivons en début d’après-midi à Moyale côté kenyan mais nous ne pouvons pas poursuivre notre route car il faut attendre le convoi militaire se rendant à Marsabit la première journée (250 km de Moyale) et puis à Isiolo la seconde journée (260 km de Marsabit). Il est obligatoire d’attendre le convoi pour emprunter cette route du nord du Kenya pour des raisons de sécurité, par rapport entre autres aux réfugiés somaliens qui attaquent les véhicules sur les routes, selon les dires des militaires et policiers locaux.
Ce convoi militaire sera une expérience inoubliable de non-sécurité. Nous arrivons donc le matin à 8h00 prêt à nous joindre au convoi militaire. Le convoi militaire : il s’agit, en fait, de 5 militaires armés qui montent chacun sur un des camions du convoi. Le gros problème, c’est que les camions, ils roulent en moyenne à 60 km/heure sur cette route super défoncée. En quelques mots, ils volent au-dessus des trous et des cailloux. Nous n’avançons qu’à maximum 20 km/heure car si on va plus vite, notre voiture n’arrivera jamais au Cap entière. Le convoi démarre de manière plus ou moins groupée, mais après 1 kilomètre, on se retrouve seul avec une autre voiture de voyageurs allemands. Les camions avec les militaires sont partis devant sans s’occuper de nous et il ne nous reste donc plus que 249 kilomètres à faire sans militaires. C’est là que l’on ne comprend pas bien l’utilité du convoi et surtout le fait d’avoir attendu ce convoi presque une journée pour faire un kilomètre ensemble.
Le mieux, ce sera le lendemain. Tout d’abord, nous n’arrivons pas à rejoindre Marsabit en une journée tellement la route est mauvaise. Nous nous levons donc tôt le matin afin de rejoindre Marsabit pour avoir le convoi du second jour. Arrivé à la ville à 7h30 du matin, les militaires nous disent que le convoi vient de partir et qu’il est à environ 7 kilomètres et nous disent de le rattraper. Déjà que l’on n’arrive pas à le suivre, on se demande comment on pourra le rattraper! Nous nous retrouvons donc cette fois-ci seul pour faire les 260 kilomètres de mauvaise route jusqu’à Isiolo.
De Marsabit à Isiolo, nous rencontrerons les Rendille, une tribu qui a gardé ses traditions et qui vit habillée de parures, de colliers et de pagnes aux splendides couleurs. Ceci nous fera oublier les somaliens qui pourraient nous car-jacker à tout moment selon les militaires rencontrés et déjà loin devant dans leurs camions.

Isiolo n’est plus qu’à 300 kilomètres de Nairobi. Mais 300 kilomètres de bonne route avec en prime le passage de l’Equateur, et le contournement du Mont Kenya dont les sommets enneigés se voient à des kilomètres. Et oui, nous sommes à présent dans l’hémisphère sud. Nous arrivons en fin d’après-midi à Nairobi où nous sommes accueillis royalement chez Nathalie Springuel, une amie de Pierre qui nous fait découvrir la vie diurne et surtout nocturne de cette ville qui bouge bien.

Nous voici donc au Kenya où nous partirons à la découverte des animaux (nous avons vu notre premier zèbre il y a deux jours) et de la nature (lac, montagne, mer).
L’Ethiopie nous a donc fasciné et nous sommes convaincus que ce pays va fort se développer touristiquement dans les années à venir et devenir une des destinations d’Afrique comme nous le pensions pour le Mali.

 


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Le peuple éthiopien

Le peuple éthiopien est totalement différent du peuple soudanais. Nous nous étions habitués à cette chaleur et hospitalité gratuite du peuple soudanais et nous entrons en Ethiopie où tout le monde sur notre passage tend les mains vers nous en nous demandant à manger ou de l’argent. Des plus jeunes aux personnes les plus âgées, ils viennent vers nous en nous demandant quelque chose. Nous discuterons longuement de cette attitude avec des Ethiopiens et nous en viendrons à la conclusion que c’est un peuple qui a tellement reçu d’aide internationale, qu’ils ont encore le réflexe de demander lorsqu’ils voient des étrangers.
Ce premier visage offert par le peuple éthiopien est rapidement effacé lorsque l’on parle avec eux et que l’on apprend à les connaître.

La famine

L’Ethiopie est malheureusement connue pour les images de famine véhiculées par les médias il y a quelques années. Sur les routes, on voit encore régulièrement les tentes des ONGs qui ont participé à la distribution de nourriture. Malgré que l’on n’en parle plus, il faut se rendre compte qu’en Ethiopie, il y a encore des gens qui ne mangent pas à leur faim et c’est pour cela que l’on passe rapidement au dessus de leur attitude de systématiquement nous demander quelque chose.
Nous avons été confrontés à la famine et jamais nous n’oublierons la tête de ce garçon de 15-16 ans. Nous sommes dans un petit restaurant local au sud de l’Ethiopie. Nous mangeons un plat à 7 Birr (9 birr = 1 euro). Il faut savoir que le salaire mensuel moyen d’un Ethiopien est de 500 birr. Nous ne terminons pas notre plat et ce garçon vient nous demander s’il peut terminer notre plat. Il prend dans ses mains la nourriture et disparaît dans la nuit pour aller partager avec ses amis. En quittant le restaurant, nous irons le rechercher et nous lui donnerons le reste du pain que nous avons dans la voiture.
C’est choquant et cela fait réfléchir d’avoir en face de soi un enfant de 15 ans en parfaite condition physique qui ne mange pas à sa faim. Nous ne comprenons pas bien cette situation de famine lorsqu’on croise tout au long des routes des immenses champs cultivés et cette végétation abondante. Nous sommes également choqués devant le luxe de certains hôtels de Addis Abeba et notamment la folie des grandeurs du Sheraton construit par un milliardaire éthiopien à quelques mètres des quartiers miséreux.

Les routes éthiopiennes et du nord du Kenya

On vous avait parlé du pauvre état des routes lors de notre traversée Tchad-Soudan. On ne peut pas éviter de vous parler de l’état des routes en Ethiopie et au nord du Kenya. Au Soudan, il n’y avait que très peu de pistes damées. Il s’agissait principalement de pistes en sol naturel contournant arbres et obstacles.
En Ethiopie et au nord du Kenya, c’est différent. Il y avait des pistes damées qui devaient être en bonne état sûrement il y a quelques années mais qui n’ont pas été entretenues depuis. Et cela, c’est le pire pour la voiture. La route n’est plus plate mais elle est composée des millions de pierres de toutes tailles réparties parmi des millions de trous de toutes profondeurs. Le cocktail est explosif pour les roues et la suspension de la voiture. Nous avions jusqu’ici évité les crevaisons. Nous avons eu six crevaisons depuis l’Ethiopie. Notre record, 9 minutes 28 secondes pour détacher la roue du toit, sortir le matériel, soulever la voiture, démonter et remplacer la roue, remonter et cadenasser la roue sur le toit et redémarrer. Pas encore prêts pour la formule 1 mais on s‘améliore.

Les voyageurs rencontrés

La route entre Khartoum et Nairobi est un lieu de rencontre de voyageurs découvrant l’Afrique. Les voyageurs venant du nord de l’Afrique soit par l’ouest (Tchad), soit par l’Egypte se retrouvent à Khartoum et croisent les voyageurs venant du Sud en provenance du Kenya. Nous avons donc rencontré beaucoup de voyageurs tous très différents les uns des autres.

• D’abord, les voyageurs les plus incroyables : Alexandre Poussin et sa femme. Peut-être ce nom vous dit quelque chose. Il s’agit d’un français qui a déjà fait le tour du monde à vélo et a traversé pendant 6 mois l’Himalaya à pied avec un de ses copains. Ils ont écrit deux livres sur leurs voyages. Cette fois-ci, nous l’avons rencontré avec son épouse et ils sont partis il y a deux ans d’Afrique du Sud à pied et remontent jusque Jérusalem rien qu’en usant leurs semelles. Ils vont sortir un livre sur la première partie de leur voyage d’ici peu.
Ce sont aussi les seuls voyageurs français que nous ayons rencontrés depuis le début de notre périple.
• Et puis, le plus long voyage. Un hollandais à vélo dont les parents habitent Beauraing en Belgique. Il est parti, il y a cinq ans de Hollande en direction de l’Australie sur son vélo. Il a ensuite rejoint en avion l’Alaska et est descendu jusqu’en Terre de Feu à vélo. Il a repris l’avion jusqu’en Afrique et remonte en Europe pour boucler son voyage. En le quittant à Khartoum, il s’apprêtait à rejoindre le Tchad par la même route que nous avons empruntée. Nous avons mis dix jours. Il compte le faire en 40 jours.
• Les plus nombreux : les allemands. Ce sont de loin les plus grands voyageurs en Afrique. Ils sont à vélo, en voiture, en motorhome, en camion. Ils passent plusieurs années ou seulement quelques mois en Afrique mais ils sont partout. Un des couples que nous avons rencontrés prenaient quatre mois pour faire le trajet suivant : Allemagne-Chutes Victoria-Allemagne par la route. A part conduire, on se demande ce qu’ils ont eu le temps de voir.
• Le seul belge rencontré. Eric et sa femme coréenne John. Ils sont partis de Johannesbourg et remontent en Belgique. Cette rencontre nous a permis de faire une bonne fête à la Belge dans les bars et boîtes de Addis Ababa.
• Ceux que nous n’avons pas encore rencontrés mais que nous suivons de près ou de loin depuis plus d’un mois. Il s’agit de deux belges Gert et Christophe de Bruxelles qui font le même trajet que nous mais en passant par le désert d’Algérie et non la Mauritanie. Le plus fou, c’est qu’ils font cela en 2CV. Nous les avons ratés de un mois au Tchad, de une semaine à Khartoum, de trois jours à Addis. Ils sont maintenant quelque part au Kenya ou en Tanzanie. On aimerait les rencontrer plus tard car nous sommes en contact avec eux via mail. Nous pensons qu’ils ont abandonné de passer leur temps à réparer leur 2CV. Ils passent leur temps à ramasser les pièces qui se détachent pour les mettre sur le toit. Avec les échos que l’on a eu, on pense qu’il n’y a plus aucune pièce d’origine de la voiture. La plupart des pièces ont été remplacées.

 


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